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mardi 2 février 2016

Il n'est jamais trop tard...


Voilà bien longtemps que je ne suis pas venue écrire ici.

Un déménagement a mis fin à mon aventure des lectures en salle d'attente.
Il paraît que je suis actuellement « au chômage »...
... je préfère penser que je suis aujourd'hui à la recherche d'une nouvelle aventure et qu'elle sera tout aussi enrichissante !

Chaque rencontre aura été un plaisir et vos visages vont m'accompagner longtemps...

« Observer un enfant en train de découvrir le monde,
c'est retrouver notre capacité à s'émerveiller et à voir du positif
dans toutes les petites choses de chaque jour... »

… je souhaite à chacun d'entre vous de nombreux émerveillements !


Et bien que le mois de février vienne de commencer, il n'est, après tout, pas si tard pour vous souhaiter une bonne année :

Voici revenu le temps des vœux !

Plus que jamais : être vrai.
Plus que jamais : écouter, respecter, partager.
Plus que jamais : découvrir, explorer, cheminer.

Pour soi-même et avec autrui... simple Fraternité en Humanité.

L'année qui démarre sera belle si nous la construisons ainsi...
Bon travail à chacun d'entre nous !

Que 2016 soit un chantier permanent et joyeux !


À venir : quelques souvenirs à égrainer avant de dire au revoir à ce blog...

lundi 30 mars 2015

De la présence du kebab dans la littérature jeunesse...


C'est une séance animée. De nombreuses familles sont installées en salle de puériculture. Petit Gars et Petite Sœur ont largement participé au mouvement général.

Les livres ça plaît bien à Petit Gars. Il va se servir, vient vers moi, me montre une ou deux pages. Puis il repart car il a vu un jouet qui attise sa convoitise, ou bien un autre enfant avec lequel il veut tenter un échange ou bien encore, il referme le livre d'un geste sec car il a très envie de me raconter tout un tas d'éléments de sa vie !

Maman est présente. Elle est assise à proximité, tour à tour pensive, discutant avec d'autres mamans, pensive à nouveau ou bien cherchant l'échange, elle aussi sur le quotidien.

Puis dans le flot des arrivées et des départs, une accalmie...

Petit Gars et sa Petite Sœur, qui le suit comme une ombre, s'installent dans la piscine à balle. Je suis assise juste à coté. Je repropose un livre.
Finalement un petit manège va se mettre en place : les deux enfants vont chercher un livre, ils s'installent dans la piscine, sous le regard de maman, et nous lisons le livre.
Petit Gars s'exclame, montre du doigt, fait des commentaires.
Petite Sœur observe son frère, me regarde, et, petit miroir, reproduit les exclamations de son frère, avec le langage propre à son âge...

Maman sourit, elle est tout à fait présente maintenant.

Tout à coup, Petit Gars se saisit de « La chenille qui fait des trous ».

Il se rappelle qu'il a déjà entendu cette histoire quelque part. Il se rappelle que « à la fin, la chenille, elle va changer ! ».
Il y a de l'impatience à la lecture de chaque page : « c'est là qu'elle va changer la chenille ? »
« Et non pas encore, regarde... »

Et soudain l'improbable se produit. Quand nous arrivons à cette page...




Petit Gars triomphant s'exclame avec joie et conviction : 
« Ah ! Voilà ! Ça y est, elle se transforme en KEBAB !! »
Petite sœur tape des mains et maman rigole : « Mon fils, il adore trop les kebabs ! Surtout ceux qu'on fait à la maison ! C'est meilleur ceux qu'on fait à la maison. C'est trop bon ! »
Dans la piscine à balle, les enfants dansent sur place et confirment en dodelinant de la tête, les yeux brillants.

Moi aussi je souris ! La comparaison était assez inattendue !

Mais, malheureuse que je suis, sans faire de commentaires, je continue à tourner la dernière page du livre, pour découvrir la chenille devenue papillon...



J'ai vu passer une ombre sur le sourire de Petit Gars.
Cette fin (faim?), ce n'était pas la sienne !

L'observation du papillon a été rapide et intense mais le livre a été vite refermé !




mercredi 21 janvier 2015

Nourriture...

Peu de temps pour écrire sur le blog en ce moment car janvier c'est le temps... du rapport d'activité!

Voilà, il est bouclé.

C'est un exercice périlleux: comment rendre compte de la richesse de toutes ces rencontres?
Frustration, nécessairement, au rendez-vous!

Au delà des statistiques, pouvoir dire, quelles valeurs nous animent.
La couleur des consultations selon les territoires et la variété des publics.

Et faire des propositions, plus que jamais, chacun à sa place, modestement, mais activement, tel le colibri (rappelez-vous! c'est ici) pour améliorer notre capacité à lire le monde et à vivre ensemble...









vendredi 9 janvier 2015

8 janvier 2015


Hier, mercredi 7 janvier 2015 à Paris, l’indicible s'est produit.

« Mais comment ils ont fait les terroristes pour venir de Syrie ?» a dit l'enfant à la table familiale...

Non mon grand, ils ne sont pas venus d'ailleurs, ils sont d'ici et ils ont choisi la force, la violence et la haine.

« Pourtant, c'est avec des armes comme à la guerre ! Normalement à Paris, on est en sécurité quand même, c'est la France ! On est libre ! ».

Oui c'est la France.

Alors dimanche, avec tant d'autres, nous irons marcher, en famille. Pour ne pas confondre religion et terrorisme. Pour affirmer, dans un silence que l'on espère tellement plus fort que les polémiques politiques, notre attachement à la liberté d'expression, à la liberté de penser, au vivre ensemble si fragile et pourtant si infiniment précieux.


Hier à Paris l'indicible s'est produit et ce matin avec ma valise d'albums jeunesse j'ai pris le chemin de la petite maison au milieu des barres d'immeubles.

Petit bâtiment vétuste, il sert à la fois de lieu d'accueil parents-enfants à la manière de Dolto et de permanence une fois par semaine au cœur du quartier pour l'assistante sociale et la PMI.

C'est un lieu grouillant de vie. Les familles se rencontrent, s'interpellent, échangent les nouvelles. Des familles aux nombreux enfants, de jeunes mères isolées, des hommes seuls, des voisins qui viennent pour traduire. Des familles installées depuis longtemps, des nouveaux arrivants, des demandeurs d'asile en attente. Tant de langues ! Tant d'histoires et de parcours singuliers.

Et en salle d'attente : des enfants, qui observent, avec prudence, apprennent la confiance après plusieurs rencontres. D'autres plus intrépides se saisissent des livres, des jeux, s'installent, vivent leur vie, sous l’œil complice, amusé des adultes.

Les plus âgés sont là aussi, pour rencontrer l'assistante sociale ou pour accompagner les petits enfants à la consultation PMI.

Un joyeux brassage, de situations, d'âges, de couleurs, d'origines... mais un même quotidien : la vie dans ce quartier, dans une petite ville de province, quelque part dans le sud de la France...

Ce matin plusieurs rendez vous PMI se sont annulés. C'est un peu plus calme que d'habitude.


Il est arrivé le premier, pour la permanence de l'assistante sociale.
Il attend son tour, tranquillement sur sa chaise. Discret, en retrait. Sous la calotte d'hiver traditionnelle, les rides sont là, la peau burinée, les cheveux grisonnent. On imagine volontiers une retraite calme après des années de travail.

Elle est arrivée peu de temps après. Tellement plus volubile !
Et elle s'est tout naturellement installée sur la chaise libre à coté de lui. Les deux chaises sont très proches, il a été un peu surpris ! Tout aussi âgée que ce voisin qu'elle ne connaît visiblement pas, elle cherche le contact, accroche un bébé du regard et lui parle avec tant de plaisir ! Petit bonhomme, installé sur les genoux de sa mère, le lui rend bien !
Ça gazouille de toute part !

Et le vieux monsieur sourit, ses yeux rieurs brillent devant l'enfant qui gesticule en réponse à la vieille dame.

Quand l'enfant part en consultation, la vieille dame continue sa conversation, nous regardons plusieurs livres pour enfants : « moi je suis curieuse, ça m'intéresse tout ça ! Il faut continuer à découvrir ! C'est fascinant, vous avez vu comme il vous écoute le petit quand vous lui racontez une histoire ! On dirait pas comme ça, mais si petit! Ils écoutent bien en fait, on dirait qu'ils comprennent tout ! »

Elle reprend « beaucoup de beaux bébés », elle tourne les pages lentement comme si elle s’imprégnait de chaque image.
Et le vieux monsieur, assis à ses cotés, n'en perd pas une miette. Au début toujours dans sa réserve puis petit à petit, il penche de plus en plus sa tête vers le livre et avec des hochements de tête, il acquiesce aux remarques de sa voisine, à ses commentaires.

Je leur propose « écoles du monde » et « tous à table ». Comme ils commencent à tourner les pages, je reçois un coup de fil important. Je sors pour prendre mon appel.

Mais à travers la vitre, je peux voir ce spectacle, saisissant, précieux. Je voudrais être peintre ou photographe pour en restituer toute la luminosité.
Une dame et un monsieur, d'origines différentes, voisins mais qui ne se connaissent que de vue, aux parcours de vie probablement si différents, tout aussi ridés l'un que l'autre, sont penchés sur un livre, qui montre la scolarité des enfants à travers le monde. Ici au cœur du quartier, dans notre petite ville de province, quelque part dans le sud de la France


Nous sommes le 8 janvier 2015.
Et ce matin, ici, c'est la France.
Vivre ensemble est possible.


Et mon cœur s'est un peu réchauffé.








mercredi 19 novembre 2014

Découverte...


Ce sont des gens de passage, ils font parti d'un grand cirque qui s'est installé dans la ville.
Ils auraient du faire les vaccinations de leur petite fille il y a déjà quelques temps mais ils n'ont « pas eu le temps avant, et puis les horaires ne convenaient pas, il y a toujours beaucoup de travail, on ne choisit pas toujours ».

La puéricultrice a fait une place dans le planning.

Maman est discrète, souriante, elle est très attirée par les livres, elle est prévenante avec son enfant. Papa cherche l'échange, il est en admiration devant sa fille à laquelle il promet un grand avenir !

« C'est surprenant les enfants ! Ma fille elle est déjà une grande observatrice ! Quand je fais la musique, elle observe mes doigts qui bougent sur la guitare.
Ma fille, elle va être très belle ! Mais je veux aussi qu'elle soit intelligente parce que sinon c'est vide !
Mais je me rends bien compte qu'en favorisant cela, ce sera une arme dangereuse ! Une femme belle ET intelligente, elle aura le pouvoir ! Moi je suis le père, je serais fier mais bon courage pour les hommes qu'elle va rencontrer ! »
Le discours est fluide, teinté d'un accent italien. L’œil pétillant et le sourire en coin posent bien le cadre : nous sommes au spectacle !

Papa et maman s'intéressent aux livres : « mais elle est trop jeune non ? »
La demoiselle si intelligente ? Non elle n'est pas trop jeune, elle observe bien tout ce qui se passe autour d'elle, on peut en regarder un ensemble si vous voulez...

Et hop ! « pour qui ce petit bisou? » de Bénédicte Guettier

Petite demoiselle réagit, elle veut attraper le chat, elle veut manger la pomme, et papa et maman sont ébahis devant ses réactions.

Quelques planches de « pas de loup » de Jeanne Ashbé... Petite demoiselle observe, concentrée et sérieuse, puis elle sourit tout à coup devant le cui-cui de l'oiseau.
...« Il faut qu'on en trouve des livres comme ça ».

Et papa commente « Je crois qu'il faut beaucoup de distance, une grande connaissance et une grande compréhension pour écrire des livres pour les enfants, comment savoir ce qui va les faire réagir ? »
«Peut être ! Mais il faut surtout observer et laisser parler sa créativité, c'est comme vous pour le spectacle, beaucoup de travail et beaucoup d'observation des réactions. Je crois qu'on ne parle pas aux bébés avec le cerveau mais bien avec le cœur ! »

Arrive petit bonhomme, tout timide, avec sa jeune maman. On s'était déjà rencontré, je les accueille... petit bonhomme a besoin de distance, il faut s'apprivoiser.
On discute avec maman de sa formation avec la mission locale, de la place qu'elle a pu avoir en crèche, des activités que son fils peut y découvrir. Petit à petit, petit bonhomme se décolle de maman et va vers la cabane.

Il observe les parents et leur petite fille qui ont poursuivi leur découverte des livres. D'abord avec leur enfant puis quand elle montre des signes de fatigue, ils lisent pour eux-mêmes.
Petit bonhomme vit seul avec sa mère. Il y a là le spectacle d'un couple parental en osmose admirative avec son enfant.
Petit bonhomme observe avec intensité, de tout ses yeux mais aussi de toute son intelligence.
Il a bien entendu qu'ils ne parlent pas français entre eux, et son attention se fait vaguement inquiète.

Alors on explique, qu'ils viennent d'un autre pays, qu'ils voyagent, qu'ils font des spectacles dans un cirque... le sourire revient sur le visage de petit bonhomme, et il se fait charmeur, va donner un petit livre à la petite demoiselle... opération séduction réussie !
Les parents de la demoiselle sont sous le charme « que tu es gentil ! ».
Maman de petit bonhomme rougit de fierté.

Les parents et leur petite fille partent à la consultation, petit bonhomme va jouer un bon moment et regarder plusieurs livres avec moi et avec sa maman.

Même entre les quatre murs d'une salle d'attente PMI, pour qui sait – comme petit bonhomme – ouvrir grand ses yeux, son cœur, son intelligence, on peut découvrir le monde et la vie des hommes...





samedi 1 novembre 2014

Toutes les couleurs de la Vie...


Sur mon chemin... une valise qui se promène !
« la dame des livres, avant qu'elle arrive, on entend les roues de sa valise dans la rue » !
Çà, c'est la réparation de super papi... pour la petite histoire voir ici !

Dans la salle d'attente... des livres !
Des livres qui s'installent, se promènent, se posent, se jettent (parfois), s'ouvrent (souvent), s'observent, se manipulent, se partagent et même ce jour là se contemplent :

Ce jour là, les deux messieurs sont arrivés ensemble. Papa et sa petite fille, et tonton qui les accompagne. Ils sont très discrets, ils observent avec le sourire et sans commentaire.

Papa est calme et très attentionné avec sa fille. Ce sera rapidement leur tour.

Je suis disponible pour un petit garçon et sa famille en salle de puériculture. Mais je vois que le monsieur qui est resté en salle d'attente, observe avec un grand intérêt les livres installés.

Je l'invite à se servir «  ce n'est pas que pour les enfants ! Les adultes aussi ont le droit de se régaler ! »

Sourires

Et monsieur regarde, il choisit chaque livre avec soin, tourne les pages avec attention, et contemple chacune d'entre elles. Quand il repose un livre, il observe l'ensemble avec un peu de recul. Tous ses gestes sont lents, calmes, tout en retenue, mais le regard lui est brillant d'intensité.

Petit garçon et sa famille s'en vont; me voilà un peu disponible et nous engageons la conversation.
La voix est douce et elle me dit l'émotion ressentie devant toutes ces couleurs qui l'interpellent.

Monsieur regarde avec attention « beaucoup de beaux bébés », recueil de photos d'enfants.
Il est touché par les expressions des visages « si bien mis en valeur ».

Il prend le livre en photo pour avoir les références. Il veut chercher les autres travaux de l'auteur.
Ces photographies en noir et blanc le fascinent mais si son regard englobe l'ensemble des livres m'explique-t-il, c'est qu'il est touché par la couleur.

Le regard est légèrement inquiet. Je l'encourage du regard, d'un sourire, et la parole, tout d'un coup, se libère :
« Avant, je faisais de la peinture, avec des amis, mais il y a longtemps que je n'en ai pas fait. On peut dire tellement de choses avec la couleur, ses émotions, son ressenti, on essaye de le partager avec les autres, ça ne marche pas toujours mais on peut essayer.
Souvent je suis trop fatigué, je travaille dans l'agriculture en saisonnier, c'est beaucoup de travail physique. Quand je rentre, je suis épuisé. Il faut être en forme pour peindre, il faut avoir l'esprit libre. Mais quand je vois toutes ces couleurs, ça me redonne envie de sortir les peintures et les pinceaux. Toutes ces couleurs, c'est la vie. Vous avez bien choisi, vous faites un beau métier... »

Oui, je fais un très beau métier... mais je ne suis que passeur !
Passeur d'histoires, passeur de mots, passeur de couleurs.
Ce sont ceux qui choisissent les couleurs qui sont les artistes, les créateurs de vie !

Quelle chance vous avez de savoir peindre la couleur ! De pouvoir partager une émotion !
Quelle intensité, quelle exigence, quelle solitude devant la toile blanche !
Tout ce qui se partage est une richesse... sortez vos pinceaux !

Monsieur a dit « je ne veux pas vous importuner, si vous voulez je dois avoir quelques photos, prises il y a longtemps ».

Sur son portable, nous avons regardé quelques unes de ses toiles et je l'ai encouragé. Sincèrement.
Parce qu'il y avait de la couleur sur certaines et sur d'autres, probablement bien des tourments.

Puis il est revenu vers les livres :
« Oui là ça me redonne vraiment envie... ça ne vous dérange pas si je prends l'installation des livres en photo ? »

Pas du tout ! Bien au contraire !

Et il a pris plusieurs photos. D'autres enfants sont arrivés, pour de nouvelles rencontres.
Papa et sa petite fille sont sortis de la consultation et ce fut l'heure de rentrer à la maison.

Bonne continuation à chacun de vous !

Et soyons courageux ! Autorisons nous à prendre le risque, chacun avec sa personnalité, chacun avec son talent, le petit risque de peindre toutes les couleurs de la Vie.
(pour plus de joies et plus de vie...)



dimanche 19 octobre 2014

Petit garçon...


Le début de matinée a été très (trop) calme, puis plusieurs familles sont arrivées tout d'un coup et le mouvement s'est installé.

Il y a là un petit garçon de deux ans et demi en pleine période de revendication et d'affirmation.

Il n'accepte aucune contrainte. C'est un sacré défi pour la puéricultrice d'arriver à le peser et à le mesurer alors que lui a plutôt décidé de jouer dans la piscine à balle ou de partir à la découverte du Centre Médico-Social en couche-culotte !

Maman voudrait bien se faire écouter mais elle donne l'air de tant redouter le NON de son fils qu'elle lui pose les questions en espérant obtenir son acceptation.
Forcément le résultat n'est pas très concluant !

Alors par moment, elle essaie de l'attraper de force pour le ramener en salle de puériculture mais, face à ses hurlements, elle renonce vite à tenter de lui imposer quoi que ce soit, haussant les épaules avec un sourire mi-amusé, mi-désolé :
« Il ne veut pas hein ! Il en a du caractère hein. Pfff, les enfants à cet âge là, c'est pas facile ! »

Et petit garçon est finalement bien seul, enfermé dans cette lutte où en gagnant, il perd tant...

D'autres enfants sont là qui attendent également leur tour. Une petite troupe s'est constituée qui a investi le toboggan et la petite table où sont posés les livres.

Hop, une descente en toboggan, hop, hop, une cachette sous le toboggan... tiens ! Un livre !
Tiens, tiens ?! Plein de livres ?! Un joyeux commerce s'installe avec les petits lutins poche de l'école des loisirs...



Je le regarde...
je te le passe...
tu me l'arraches des mains...
« moi je veux celui-là ! »
« ouh là là ! Il y a un loup ! »...
« ça fait peur les loups ! »...
« moi celui là, je l'ai à mon école »
« moi ma maîtresse, elle en lit des histoires.... »
« titine, titine !! »
« y'a un loup !! »
moi « Et tu as vu ? Il s'habille le loup.. »
« c'est jaune ! » ...

Petit garçon, dans son énième fuite de la salle de puériculture, s'est arrêté devant le toboggan, et il observe ce joyeux manège.
Il voudrait bien en être ! Se faire une place ! Alors il grimpe et sûr de son bon droit, bouscule les enfants avec énergie...
Mais les autres l'ignorent parce que nous avons commencé à regarder ce loup sur fond jaune qui intéresse tant l'un d'entre eux.

Temps d'arrêt chez petit garçon, la situation lui échappe...

Il reste à proximité, nous observe mais ne s'approche pas malgré mes sourires et les encouragements de maman.
Le mouvement reprend sur le toboggan puis petit garçon part en consultation (en hurlant). Pour certains c'est l'heure du départ et pour d'autres le moment d'aller voir la puéricultrice pour se préparer.

Le calme se fait, un peu de disponibilité pour une maman et quelques comptines pour son petit bébé.

Quand petit garçon sort de la consultation, une fois rhabillé, il s’arrête devant le toboggan vide.
Un temps de pause, d'observation du calme tout autour, et il entreprend l'escalade avec un sourire conquérant ! Et son regard brillant qui balaye toute la salle d'attente semble affirmer à tous sa supériorité « Ah, ah ! J'y suis ! Tout en haut ! J'ai gagné la place ! »

Tiens ! Il reste un livre sur la plate forme...Un loup, sur fond jaune...
Petit garçon se pose, finalement ! Et puis il commence à tourner les pages.

Je m'approche et je commence à lire les pages qu'il choisit, il m'observe et après un temps d'hésitation (je me suis appliquée, j'ai fait mon plus beau sourire!), il choisit de continuer (ouf!).
Il regarde un bon moment ce loup qui va le croquer... puis il descend du toboggan, va prendre un autre livre et remonte s'installer sur la plate forme de ce toboggan absolument magique.

Il va ainsi regarder :

Puis il reprendra le loup de Bénédicte GUETTIER.
« Il l'aime bien celui là on dirait » a dit maman.
« Ça fait du bien qu'il se pose un petit peu, c'était pas facile aujourd'hui. »

Et puis c'est l'heure du départ.

Bonne journée et à bientôt petit garçon ! 




vendredi 3 octobre 2014

Des mots pour la vie...

(1ère publication le 24 septembre)


C'est une jeune maman. Nous la voyons quelques fois à la PMI, elle arrive toujours d'un pas pressé, le visage fermé. Toujours très polie mais toujours sur le qui-vive.

Dans la poussette son fils reste attaché sans bouger, avec très peu de mouvements. Quand on arrive à accrocher son regard, il reste assez peu expressif. Je lui ai déjà présenté des livres mais sans arriver à savoir si cela déclenche quelque chose chez lui ou pas.

Aujourd'hui ils sont tous les deux dans la salle d'attente des assistantes sociales. Je m'approche, nous discutons un peu avec maman, de son fils qui a bien grandi (déjà deux ans!), de cet été où il ne fait pas bien chaud....

Je propose un livre à petit bonhomme, il regarde les pages, sans toucher et sans expression. Maman remercie puis se perd à nouveau dans ses pensées, regarde fébrilement autour d'elle dans l'attente de son tour à la permanence de l'assistante sociale.

Petit bonhomme me regarde, regarde le livre, observe ce qu'il se passe autour de lui. Je n'arrive toujours pas à décrypter son expression.

L'attente est longue pour cette permanence sans rendez-vous. Je vais ainsi naviguer, une partie de la matinée, entre les salles d'attente PMI et sociale, pour passer un peu de temps avec petit bonhomme et sa maman.

Au bout d'un moment arrive une jeune maman avec ses deux enfants : un grand garçon très attentif à son petit frère de deux ans. Celui-ci est en exploration ! Et en mouvement permanent ! Il passe du livre à la cabane, de la cabane au toboggan sans oublier le cheval à bascule !

Petit bonhomme, dans sa poussette, observe le manège.

Pendant que cette famille part en consultation, je suis à nouveau auprès de petit bonhomme et sa maman, toujours en proposition de livres. Tout d'un coup maman m'interpelle :

« Peut-être vous vous saurez ? Mon fils, depuis qu'il est né, je lui parle trois langues, français, arabe et berbère. Mais je vois bien qu'il ne dit pas des mots. C'est de ma faute, ça lui a fait trop de choses dans la tête, mon mari aussi il dit que c'est de ma faute. Je vais arrêter tout ça, il faut juste que je me perfectionne en français... »

Je sens tout le poids de l'inquiétude de cette maman. Tout ce qu'elle veut faire pour le mieux et la peur paralysante de « mal faire ». La pression constante dans laquelle elle se trouve (Pression qu'elle s'impose ? Pression extérieure ? Je ne connais ni son histoire ni sa situation).
La culpabilité qui s'installe et l’inconfort face à cet enfant qui ne réagit pas tout à fait comme on l'attend, comme elle l'espère, alors qu'elle veut « si bien faire »...

Par ailleurs, se poserait elle autant de questions si elle parlait espagnol, anglais ou allemand à son enfant ? Quel regard peut-elle sentir posé sur elle, en tant que jeune femme voilée ? Quelles réticences a-t-elle intégrées et qui conduisent vers une dévalorisation plus ou moins consciente ?

« Ouh là là ! Mais si je parlais anglais le dixième de ce que vous parlez bien le français, je serais la plus heureuse des femmes ! »

Sourire de maman

« Il n'y a pas grand chose à perfectionner ! »

« Après, pour le langage, parlez-en au médecin quand vous venez à la PMI, s'il y a des choses qui vous inquiètent, qui vous interrogent, le médecin et la puéricultrice sont là aussi pour parler avec vous »

« Ah bon, je croyais que c'était juste pour le médical ! »

« Oui pour le médical mais aussi pour tout le développement de l'enfant, et aussi pour les parents. Quand on a trop d’inquiétudes, pour diverses raisons, les enfants le sentent. Pour que les enfants soient bien, il faut que les parents aillent bien aussi, alors le médecin, la puéricultrice, ils sont aussi disponibles pour vous ».

« Pour le langage, je ne suis pas spécialiste, peut être que trois langues ça fait beaucoup, il faut voir. Mais parler plusieurs langues, c'est une sacrée richesse et c'est un très beau cadeau que vous faites à votre fils ! La prochaine fois parlez-en avec le médecin »

Petit bonhomme gigote dans sa poussette, alors je m'adresse à lui :
« Mais tu en as de la chance dis donc ! Tu as une super maman ! Elle est trop forte ! Elle sait parler français, arabe et berbère, ouah tout ça ! Il n'y a pas beaucoup de gens qui savent autant de choses ! Et en plus, elle t'apprend tout ça, tu as beaucoup de chance ! Quand tu seras grand, que tu iras à l'école, ce sera facile pour toi d'apprendre d'autres langues parce que tu auras déjà l'habitude. Tu vas pouvoir découvrir plein de choses ! »

Hasard ? Conséquence ? :

Petit bonhomme gigote de plus belle. Et il sourit ! Il regarde sa maman puis entre dans un jeu de cache-cache derrière sa main. Je rentre dans son jeu en me cachant avec un livre qu'il attrape avec une énergie vive.
Il se met à tourner les pages par lui-même, regarde avec une vraie attention tout en lançant un coup d’œil à maman de temps en temps.

La famille partie en consultation ressort et la mère laisse ses enfants jouer un peu.

Le petit court dans tous les sens puis s'installe dans la cabane pour jouer à caché/coucou avec les volets face à petit bonhomme qui rit aux éclats en se trémoussant de plaisir dans sa poussette !

Nous nous installons à proximité avec le grand frère en regardant des documentaires sur les animaux.

Puis ce sera l'heure pour chacun d'être reçu à son rendez-vous ou de rentrer à la maison.

Petit bonhomme sait sourire, il peut se montrer plein de vie , entrer en échange avec un enfant de son âge...

Alors quoi ?

Alors PRENONS SOIN DES MAMANS !!
Alors PRENONS SOIN DES PAPAS !!

Plus de temps, plus d'humain dans les services. C'est dans ce temps non utilitaire, ce temps d'attente revisité que peut se libérer une parole. Cela prend du temps pour que s'installe une confiance...

Alors quoi ?

Alors des lieux d'échanges pour les parents... des lieux pour se soutenir, pour apprendre à se faire confiance. Il n'y a pas qu'un seul chemin pour élever un enfant !

Et il est tellement plus simple d'accompagner à se découvrir parents que de réparer les blessures !

La liaison est faite avec le médecin et les puéricultrices... il me tarde de revoir petit bonhomme et sa maman.



Histoire de valise ...

(1ère publication le 25 août )



Et voilà !

C'est la fin de la trêve estivale !

Le mois de juillet a été bien rempli. Pendant les vacances scolaires, les fratries viennent en consultation au complet.
Les séances ont été particulièrement vivantes, avec de belles rencontres entre enfants et du brassage dans les échanges entre adultes : les habitués du centre-ville, les touristes de passage qui profitent de la PMI pour peser leur nourrisson, les familles du rural qui viennent en ville, les séances dans les villages étant suspendues durant l'été.

Ce mois d’août, j'étais en vacances... j'en ai profité pour passer en médiathèque, renouveler un peu les livres que je propose.

Le drame de ma valise... c'est que ce n'est pas une bibliothèque ! Elle n'est pas extensible !

Je suis toujours partante pour découvrir de nouveaux livres... mais j'ai beaucoup de mal à rendre ceux que j'ai aimé !

Alors, je remplis, je remplis... mais les roues de la valise n'ont pas aimé !
Il a fallu les réparer euh, non en fait, elles n'étaient pas réparables, il a fallu les changer (merci beaucoup, super-papi-bricoleur!).

Alors j'ai rendu des livres. Ils ne sont pas perdus, ni très loin, juste dans ma médiathèque préférée !

Et voici ,dans les articles suivants, quelques douceurs qui les ont remplacés … bonne rentrée à tous et bonne lecture !


La poussette ROSE...

(1ère publication le 27 juin 2014)


Aujourd'hui il y a du mouvement.
Personne ne s'est installé en salle d'attente, la salle de puériculture est devenue terrain de jeu.


Plusieurs familles sont là : certains se préparent pour voir le médecin, d'autres rhabillent un enfant avant de repartir, et plusieurs grands frères et sœurs ont investi la salle, qui la piscine à balle, qui la cuisine et sa dînette.

Les parents s'interpellent et commentent la vie avec les enfants...

Je me suis donc installée dans la salle sur le tapis et nous regardons des livres avec ceux qui le souhaitent au milieu de ce joyeux brouhaha.


Petit bonhomme a déjà été mesuré et pesé par la puéricultrice, il attend son tour en body. C'est un petit garçon plein de vie, qui joue d'un air décidé. Il a regardé les livres un bon moment et maintenant il partage la dînette avec d'autres, plus grands que lui, avec une belle assurance tranquille. Et tout cela sous le sourire attentif de sa maman.


Papa est présent lui aussi, il observe son fils mais il est beaucoup moins détendu : jouer à la dînette, il ne trouve pas ça terrible !

Mais le pire est à venir... petit bonhomme s'empare de la poussette ROSE, pour prendre soin du poupon et le promener.


Papa s'étrangle ! Honteux, il interpelle vivement son fils : « Lâche ça, tout de suite, c'est pour les filles ! »


Maman hausse les épaules et petit bonhomme, passée la surprise, n'a pas du tout l'intention de lâcher la poussette.


Une maman commente : « Ah la poussette ! Les hommes ils aiment pas ça que les garçons ils jouent avec, c'est pas viril ! Mon mari il aime pas non plus ». Les femmes rigolent, papa hausse les épaules et petit bonhomme promène la poussette ROSE d'un air toujours aussi décidé.


Je tente l'humour pour offrir une porte de sortie à papa : « le problème de cette poussette c'est qu'elle est ROSE ! Si elle était bleue, ce serait déjà moins gênant ! »


Papa, soulagé de trouver un peu de soutien, se redresse « ben ouais c'est ça, ça serait moins pire ».


Mais le coup de grâce vient de sa voisine à l’œil pétillant... « ben en fait, la poussette elle est ROSE... comme votre tee-shirt ! »


Papa, gêné, accuse le coup, j'enfonce le clou : « Vous poussez la poussette de votre fils vous en promenade ? »

Papa acquiesce.
« Et bien, petit bonhomme, tu t'en occupes bien de ce poupon, tu le promènes, tu lui as fait à manger. Tu seras un bon papa toi aussi quand tu seras grand ».


Maman sourit, papa se cale dans sa chaise.


Quelle difficulté de faire bouger les représentations ! Dans cette pièce, tout le monde a l'air de trouver normal qu'un petit garçon joue avec une poussette ROSE ! En tout cas personne n'est choqué... et c'est bien cela qui paraît anormal à papa !

Il se cale sur sa chaise, comme un observateur extérieur.


Petit bonhomme a joué encore un bon moment avec la poussette, le poupon et la dînette, ils sont plusieurs à cuisiner et nourrir le poupon dans un bel échange.


Puis des enfants partent, petit bonhomme s'installe dans la piscine à balle et voilà papa rassuré. Il invite son fils à taper du pied dans les balles comme dans un ballon de foot.

Les conversations s'enchaînent sur le mondial de foot et les matchs qui viennent de démarrer.


Puis petit bonhomme et ses parents partent voir le médecin.

C'est presque la fin de la consultation, je range un peu la pièce, mais je laisse, près de la cuisine, le poupon confortablement installé dans la précieuse poussette ROSE...


Solidarité féminine...

(1ère publication le 3 juin 2014)


Maman s'est installée avec son bébé dans les bras, une toute petite demoiselle, qui attrape sa mère du regard. Il y a une belle complicité entre elles deux, des sourires aimants, de la joie.

Nous échangeons quelques mots et puis c'est l'heure du biberon... je m'installe un peu en retrait pour le temps de la tétée...

Mais c'est maman qui m'interpelle : « Il raconte quoi ce livre là ? »

« Des papas et des mamans » de Jeanne ASHBE.

Et voilà que je démarre cette lecture pour maman pendant que « toute petite demoiselle » prend son biberon.

Quand le livre est terminé, c'est maman qui commente « il est bien ce livre, parce qu'il montre que les hommes aussi ils peuvent faire des choses à la maison. C'est un bon exemple. Parce que moi, mon mari à la maison, il dit « je rapporte le salaire, alors toi, c'est normal, tu fais tout le reste » Mais maintenant avec trois enfants, ça fait beaucoup de travail ! »

« Alors c'est une idée cadeau ! Il faut l'offrir à votre mari ce livre ! Ce sont vos grandes filles qui vont le lui lire, pour la fête des pères : ça irait bien ! »

Rires de maman, complicité féminine ! Nous échangeons sur la vie de famille, la place des hommes et des femmes. C'est dans ces moments là que je ne crois pas à la « distance » ou « neutralité » professionnelle.

Dans cet échange, je n'ai rien dit de ma vie personnelle mais par mon écoute j'ai essayé d'être en complicité, en solidarité entre femmes.

Sans perdre de vue la petite demoiselle qui digère son biberon dans les bras de sa maman et qui, par la même occasion, avale chacune de nos paroles. Et c'est à elle que je m'adresse, tout d'abord parce qu'elle nous écoute, et puis aussi que c'est elle qui représente l'avenir. Comme va-t-elle être élevée ? Quels seront ses modèles, ses références ? Quelle mère, quelle femme sera-t-elle à son tour ?

Et maman sourit : « C'est vrai que c'est nous qu'on leur fait le modèle. Si mes filles, elles acceptent pas de tout faire, et bien leurs hommes, ils changeront peut-être. Moi le mien c'est trop tard !! »

« Ça vaut quand même le coup de tenter le cadeau de la fête des pères ! Essayez pour voir, vous me raconterez ! »

Dans les rires, l'échange se fait léger...

« Toute petite demoiselle » s'est redressée, nous regarderons « pour qui ce petit bisou » et puis quelques planches de « beaucoup de beaux bébés ».

Maman est très attentive aux réactions de son bébé. «Les grandes, elles aiment beaucoup les livres, les histoires. Elles veulent toujours lui lire les livres de l'école. Moi je leur dis qu'elle est trop petite. Mais là, ce livre, il est bien pour les tout-petits. Je vois qu'elle regarde bien déjà, même tout bébé. Ils viennent d'où ces livres là ? »

Et la liaison se fait vers la bibliothèque du quartier et celle du centre-ville.

Et puis c'est le moment de partir à la consultation... au revoir, et bonne journée !


Petit à petit...

(1ère publication le 12 mai 2014)


Promener sa valise, installer les livres, être assise au niveau des enfants, accueillir d'un sourire, échanger avec les parents, être disponible pour entendre les petits soucis, les gros tracas, la fatigue des mamans, les inquiétudes des papas mais aussi : les sourires, les fous-rires et la joie.

Être témoin de la vie qui passe, « mais tu as drôlement grandi, dis-moi ! »

Toujours s'émerveiller devant la surprise émue des parents quand leur enfant, leur tout-petit, attrape les pages du livre, caresse le chat, parle à ce bébé, en photo là.

Toujours expliquer qu'à un, deux ou trois ans on peut écouter une histoire en mouvement, que c'est normal de bouger ! Que la vie, c'est jouer !

Et petit à petit voir les lignes bouger...

Des enfants qu'on a respecté dans leur besoin de bouger et qui reviennent, en confiance, et se saisissent naturellement des livres, les manipulant avec plus de soin, capables désormais d'échanger avec leurs voisins de jeux.

Des parents qui petit à petit se rapprochent et s'installent à leur tour sur le tapis, ou qui se penchent vers leur enfant pour lui parler.

Des parents réticents qui finalement se saisissent à leur tour des livres pour les feuilleter, ou même les partager avec leur enfant.

Des parents qui se font attentifs à expliciter les transitions à leur enfant :
« Allez viens ! » d'un fort mouvement du bras devient « Allez maintenant c'est ton tour d'aller chez le médecin, tu retrouveras les jeux tout à l'heure »

Cela semble si peu de chose mais ça change tout !

C'est un drôle de chemin d'être parent, rien ne nous y prépare !

Respecter le rythme de l'enfant dans sa découverte du livre, cela peut devenir pour le parent, l'expérience d'un nouveau regard, de nouveaux possibles.

Et cette expérience va faire son chemin, l'air de rien...

Sans faire de bruit, proposer un nouveau regard, faire bouger les lignes...
… petit à petit !

Petit homme...

(1ère publication le 5 mai 2014)


Les enfants sont là depuis un petit moment, nous avons déjà regardé plusieurs livres ensemble.

Leur maman part chercher des papiers dans le Centre Médico-Social, et ils restent en salle d'attente avec moi en attendant :

« Pas celle là, je la connais déjà !

Non c'est nul, je l'ai déjà à la maison !

Non c'est nul je connais déjà de la bibliothèque !

Ils sont pas bien tes livres ! »

« D'accord petit homme, mais ta grande sœur a l'air intéressée,
alors je lui raconte l'histoire qu'elle a choisi. Juste pour elle.
Tu as le droit de trouver ça nul, alors surtout n'écoute pas ! »

Petit homme ronchonne, puis très vite, vient se coller contre mon bras.
Dans un abandon qui me touche et m'inquiète à la fois, nous sommes si proches de l'intime.

Cette salle d'attente n'en est pas une, c'est un bout de couloir, il y a de la circulation et du bruit.

Mais nous avons un point d'amarre : ce livre que je tiens entre les mains.
Et tous les trois, nous sommes plongés dedans, petit bloc un instant hors du temps, le temps d'une histoire...

L'histoire est terminée, petit homme, apprivoisé, sourit et se lève pour chercher un autre livre :

« Tu me lis celui là ? »

Future maman...

(1ère publication le 25 avril 2014)


Dans cette PMI, la salle d'attente est commune avec la consultation de la sage-femme. Aujourd'hui les futures mamans sont parmi nous.

Elle est arrivée alors que nous étions en plein jeu avec un grand garçon et sa petite sœur. Les enfants sont allés à la consultation à tour de rôle, puis maman les a laissé profiter de l'espace de jeu. Il y en a de l'animation et du mouvement !
De la course en voiture à la piscine à balle, en attrapant un livre au passage, tout en construisant un parcours d'obstacles avec les éléments de la pièce !

La future maman s'est installée dans le fond de la pièce, elle nous observe avec un sourire amusé.

Quand la joyeuse troupe s'en va, nous savourons un instant de silence, et je lui propose de regarder les livres si elle a envie...
« Ce n'est pas que pour les enfants ! Les adultes aussi ont le droit ! »

Maman se rapproche avec un sourire gêné « le problème en fait, c'est que je ne sais pas lire », mais elle vient s’asseoir à proximité...

« Ce n'est pas grave ! Ça n’empêche pas de regarder, pour le plaisir ! Il y a des livres de photos, des livres sur les animaux, ou des jolis dessins... »

On s'installe avec quelques livres à proximité. Maman prend « Écoles du monde » et elle commente : « ici en France, les enfants ont beaucoup de chance, tout est fait comme il faut pour eux ».
Puis, rougissant, « ...moi je me fais beaucoup de soucis pour ma première fille, elle vient juste de me rejoindre en France, depuis quelques jours. Elle ne parle pas encore français. Je me fais du souci pour aller à l'école après, ce sera difficile. Elle ne regarde pas les livres et puis moi je sais pas lui expliquer. Ma fille qui est née en France, je vois bien que pour elle c'est plus facile, même si je ne peux pas lui dire, elle a l'habitude avec l'école, elle aime regarder les livres.»

Quelle tempête d'émotions pour une future maman !

Un enfant qui grandit dans son ventre, une grande fille qu'elle retrouve après une longue séparation, avec laquelle il va falloir inventer un lien nouveau, se découvrir, s'apprivoiser. Et une petite fille qui se découvre petite sœur alors qu'elle s'apprête à devenir grande sœur du bébé à naître...

Accueillir cette parole, en saisir toute l'intensité, tenter de rassurer... tout en restant à sa place... juste « la dame des livres »...

« Donnez vous du temps ! Il en faut du temps pour prendre ses repères, pour faire connaissance. Les livres ce n'est peut être pas la priorité !
Et puis il n'y a pas que l'école dans la vie. Les livres on peut les regarder juste pour le plaisir, parce qu'on les trouve beaux. Même si vous ne savez pas lire, si vous trouvez les images belles, vous pourrez raconter ce que vous voyez dans votre langue puis en français, pour traduire petit à petit... »

« J'y avais pas pensé à ça ! J'aime bien les photos, on en trouve où des livres comme ça, j'en ai jamais vu ? »

« A la bibliothèque, juste sur la place à coté, c'est ouvert tous les après-midi, il y a toute sorte de livres, des photos, des histoires, des documentaires, des imagiers, pour apprendre les mots en français ce sera bien les imagiers. Et puis c'est gratuit, on peut passer un bon moment ensemble puis repartir. »

« C'est une bonne idée, je n'y avais pas pensé ». 
Maman s'interrompt, surprise, car elle voit arriver la mamie avec ses deux filles. Elles attendaient dans la voiture mais le temps commençait à être long!

Les deux filles s'approchent spontanément des livres. Les yeux de la grande fille, pour laquelle maman se fait du souci, brillent comme devant un magasin de bonbons !

« Vous allez voir, ça va pas marcher » s’inquiète maman soucieuse ...
« Mais si ! Il n'y a pas de raison ! »

J'encourage les demoiselles à se servir... grande fille et petite fille s'en donnent à cœur joie. Je commence à lire, grande fille écoute, de temps en temps mamie traduit un mot, et grande fille le répète en français en cherchant mon approbation du regard.

Maman part à la consultation avec la sage-femme. J'aurais bien aimé qu'elle voit ses filles...

Grande fille commence par plusieurs petits livres avec sa sœur, puis elle attrape « C'est moi le plus beau » de Mario Ramos.
Le texte est loin d'être simple ! Et il est un peu long, mais elle a choisi alors nous lisons, elle répète quelques mots en français. Son attention reste intacte tout au long de l'histoire.

Je fais aussi choisir petite sœur, et je l'invite à traduire pour sa sœur... les filles échangent les livres, échangent les mots dans les deux langues, partagent les fous-rires... la brune et la blonde, la vive et la calme, déjà si proches...

Maman sort de la consultation. On prend des nouvelles de ce bébé à venir, qui grandit bien dans le ventre de sa mère.
e propose aux filles « Et dedans il y a... » « Et après il y aura... », grande fille répète les mots, mais maintenant c'est vers sa sœur qu'elle cherche vérification par le regard.

 Je souris à maman, du regard je lui dis « regardez vos filles... », maman est émue, mamie sourit. Elles vont rester encore un bon moment à les laisser jouer.

Nous regarderons quasiment tous les livres de ma valise !

Et puis c'est l'heure du départ.

« Au revoir les filles, ça m'a fait plaisir de vous rencontrer ! »
« Merci beaucoup madame ! Je vais y aller à la bibliothèque, je vois que ça leur plaît, vraiment merci... » maman est émue...

Dans les histoires, il y a des fées pour prononcer des vœux, gage de bonheur. Ici dans la salle d'attente de la PMI, c'est la vraie vie et je n'ai pas de baguette magique... mais je crois au pouvoir des mots.

 Alors pour cette maman juste quelques mots, pour dire toute mon admiration et ma confiance pour l'avenir :

« C'est une sacrée demoiselle que vous avez là ! Elle est pétillante, vive, intelligente, elle a envie de découvrir, elle sait déjà plein de mots, ça va très bien se passer, j'en suis sure ! Elles sont complices vos filles, ça fait plaisir de les voir rire ensemble. Vous avez une très belle famille, vraiment. Prenez soin de vous et de petit bébé ! Et à très bientôt !»

C'est une belle journée !



C'est le printemps...


Et au printemps, les belles fleurs s'épanouissent !
Je vous avais déjà parlé de petite fée (c'est ici).

Et aujourd'hui, petite fée est revenue, petite fleur de printemps... le sourire au lèvres. Elle est venue avec maman, dans une belle complicité. Elle est restée cachée dans ses bras cinq minutes, le temps de discuter avec maman, du bébé qui s'annonce, de petite fée qui s'ouvre aux autres et à tout ce qui l'entoure...

« Petite fée, tu entends qu'on parle de toi, avec maman on dit toutes les deux que tu as bien grandi, ça fait plaisir de te voir sourire.
Tu te rappelles avec papa, l'autre fois, on avait regardé les livres ensemble. Aujourd'hui c'est toi qui choisit ? »

Et petite fée a pris possession des lieux, elle est allée chercher les livres, elle en a pris plusieurs, elle a joué dans la cabane, elle m'a raconté les petits secrets du quotidien.
Ça fait rire maman qui explique les situations, le contexte.

On a regardé ensemble avec maman les livres de Jeanne ASHBE qui parlent des bébés, ils ont beaucoup plu à maman qui m'explique tout ce qu'elle fait pour préparer sa fille à cette future arrivée du bébé.

On a joué avec les poupons, on leur a lu des histoires... petite fée se promène, circule dans la pièce, passe de la cabane aux livres, de maman au tapis, des poupées à la cabane...

Le printemps c'est magique : les petites fées discrètes se transforment parfois en belles fleurs épanouies...


Instant de vie... familiale !

 (1ère publication 15 avril 2014)



Non, non, n'ayez pas peur, je ne vais pas me mettre à vous raconter ma vie personnelle... mais là quand même c'est un occasion en or pour vous parler d'un très beau livre. Alors....

… installons nous à la table familiale...

C'est le repas du soir, un peu bruyant forcément, chacun a une foule de choses à raconter. Le repas touche à sa fin quand n°3 (garçon, 8 ans ½) pose LA question (le genre, on sait bien, ces choses de la vie, fondamentales, importantes, à expliquer, mais là maintenant, pfff, trouver les bons mots, ni trop ni trop peu, les mots justes, bref courage, allons-y !) :

« Ça veut dire quoi : « j'ai mes règles », parce que j'ai bien compris qu'elle fait pas des maths mais je vois pas de quoi ça parle ! »

« Et pourquoi vous souriez, c'est pas drôle, j'ai bien le droit de poser des questions si je sais pas »
Oui, tout à fait mon fils!

« Tu te rappelles comment on fait les bébés ? »
 « Oui l'ovule et le spermatozoïde »
« Et tu te rappelles la poche spéciale pour accueillir le bébé dans le ventre des mamans »
« Euh non plus trop bien, mais j'ai un livre qui montre, je vais le chercher »

Et hop « l'imagerie du corps humain » - Fleurus enfants page 84 (soyons précis!).
Les dessins sont naïfs mais les planches anatomiques précises et les explications simples et claires.

N° 1 (fille, 14 ans) intervient alors :
« Moi j'en avais un de super beau de livre qui explique les règles, je vais le chercher »

Et hop « Dans le ventre des dames, des fois, il y a un bébé... »
Malika DORAY – Didier jeunesse
Un livre magnifique qui se lit par deux entrées, suivant comment on tourne le livre :
  • dans le ventre des dames, des fois, il y a un bébé...
  • dans le ventre des dames, des fois, il n'y a pas de bébé...
Un dessin épuré, un texte pudique mais précis sur le désir d'enfant, sur le cycle féminin ...

« OK, je vais le lire tout seul » a dit n° 3.

Verdict : « c'est pas mal ! » ( Dans la bouche de n° 3 « pas mal » est un compliment positif !)

Le dialogue et les explications vont suivre, on passe d'un livre à l'autre, de la description anatomique à la poésie lumineuse...

Ils sont précieux ces moments là, quand on se parle en vérité de ce qui fonde notre vie. D'où je viens ? Comment ça fonctionne ? Quelle magie que ce corps humain grâce auquel nous sommes nés, grâce auquel nous pourrons transmettre la vie à notre tour.

Conclusion de l’intéressé : « moi je l'aime bien ce livre, je le trouve beau, parce que, quand même je trouve ça un peu gênant de parler de sexe, alors que là, au moins, on comprend bien et c'est plus joli ».

"Dans le ventre des dames..." testé et approuvé par le fils de la dame qui raconte des histoires...

Bonne lecture à vous!


Papa (chanteur)...

(1ère publication le 4 avril 2014)








C'est la troisième fois que je rencontre cette famille : papa, maman et leur bébé.

Ils viennent régulièrement pour la pesée de leur enfant, un tout petit bébé.
Papa est très investi auprès de son fils, c'est lui qui porte son enfant, lui qui conduit la poussette.
Papa et maman cherchent le contact, ils échangent volontiers avec les autres personnes présentes dans la salle d'attente.

Papa était content de me faire remarquer que la couverture des « aventures de la petite balle rouge » a les même couleurs que le drapeau de son pays d'origine : le Bangladesh.
Du coup il avait feuilleté le livre, et depuis il regarde volontiers les albums proposés.

C'est en pensant à eux que j'ai trouvé (dans ma médiathèque préférée!) : « Tous à table ! » et «Écoles du monde » des Éditions Milan, recueils de photos qui présentent différentes façons de vivre tout autour du monde.

Aujourd'hui, petit bébé pleure (un peu), papa et maman voudraient bien qu'il se calme. Ses pleurs les rendent nerveux, leurs tentatives pour le calmer s'en ressentent.
Maman donne presque l'impression de s'excuser : « il pleure beaucoup en ce moment ».

Je m'adresse alors à petit bébé, dans les bras de son père : « Mais les bébés ont bien le droit de s'exprimer ! C'est normal de se faire entendre un petit peu ! Et bien alors, maman me parle de toi, elle dit que tu pleures ? Qu'est ce qui t'arrive ? Regarde ! »

Je tourne les mains devant ses yeux, captant son regard, je commence à chanter « les marionnettes ».
Petit bébé ouvre grand les yeux, ma mélodie l'interroge, les paroles en français, le ton que j'emploie n'ont rien à voir avec ce qu'il connaît.

Quand je termine, papa se promène dans la salle d'attente, avec petit bébé dans les bras, à nouveau calme.

Maman m'explique : « A la maison aussi les chansons le calment, papa lui chante souvent ! »
« Tu as vraiment beaucoup de chance petit bébé d'avoir un papa qui te chante des chansons ! »

Sourire de papa toujours en promenade.

Avec maman, nous regardons les livres de photos. Elle est contente de trouver et me montrer des images qui ressemblent à son pays d'origine. Nous discutons toutes les deux en feuilletant les ouvrages.

Et papa (en confiance?), qui promène toujours petit bébé dans la pièce se met à chanter pour son enfant, d'une belle voix posée, une mélopée magnifique où je devine le prénom de son enfant au milieu des autres paroles.

Et l'enfant serein, est calme aux bras de son père...

La PMI est un lieu de santé mais aussi de prévention, un lieu qui peut être vécu comme de confiance mais aussi susciter la peur du jugement.

L'action « lecture en PMI » se situe bien dans un plan de soutien à la parentalité. En dehors de toute contrainte de soin, en dehors de toute évaluation, poser un regard positif, bienveillant et valorisant sur les familles.

Les encourager à se faire confiance... et entendre, savourer, une mélodie bengali...



C'est un (beau) raté...

(1ère publication 1er avril 2014)


Par un beau matin ensoleillé, je promène ma valise et j'arrive à la PMI.

Personne dans le bureau, tant pis, je dirais bonjour plus tard !


Je commence à installer mes livres colorés :
C'est un subtil équilibre à réinventer dans chaque nouveau lieu... Installation par thématique ? Par contraste de couleurs ? Par taille des livres ? Sur un tapis, sur une table ? Rassemblés, éparpillés ?


Quand je rentre dans une bibliothèque ou dans une librairie j'ai le sentiment d'être au pied du sapin de Noël, tout est à découvrir ! J'aimerais offrir un peu de cette sensation là à ceux que je vais rencontrer aujourd'hui ou demain. Il faut que ce soit beau ! Il faut que ça donne envie !
Tout un programme ! Et un mouvement permanent.


J'en suis donc là de mes réflexions et de mon installation quand arrive le médecin, toute embarrassée :
« Ah, on ne t'a pas prévenue ? En fait il n'y a pas de consultation aujourd'hui, les puéricultrices sont en réunion »


Gloups... ça ressemble bien à un raté !


« Mais toi, tu es là ? »
« Oui j'assure 2, 3 rendez-vous et quelques pesées »
« Et bien si ça te va, je reste avec toi, maintenant que j'ai tout installé ! »
« Oui, oui, moi ça me va très bien ! »


L'erreur se corrige...


Il y a eu plusieurs pesées, et des parents disponibles pour des bébés attentifs qui plongent dans les livres.

Il y a eu les trois rendez-vous prévus plus le passage d'une famille qui a pu être reçue sans rendez-vous.


Il y a eu cette fratrie de primo-arrivants que j'avais déjà rencontré plusieurs fois. Maman amène bébé pour son rendez-vous et les deux grands-frères, qui ne sont pas encore scolarisés, jouent dans la salle de puériculture.

Je me permet d'investir les lieux, nous installons la dînette. Nous sommes plus proches d'un lieu d'accueil que d'un atelier lecture !


Que de joyeux préparatifs ! Nous cuisinons des gâteaux, des légumes, nous cuisinons ces mots nouveaux qu'il leur faut découvrir et digérer.
Sous l’œil attentif et souriant de maman, l'aîné me donne les aliments d'un air interrogatif, je lui donne le mot en français, il le répète, et petit frère attrape l'aliment pour le cuisiner dans la casserole !


Quelle tambouille !


Saupoudrez de quelques livres au milieu et … vous obtenez « un raté » de qualité supérieure... c'est une belle journée !


Vive les jouets ! Spécial dédicace pour la stagiaire EJE ; - )


(Belle) rencontre improbable...

(1ère publication 23 mars 2014)


Aujourd'hui la salle d'attente porte bien son nom et elle est bien remplie.


C'est un monsieur âgé qui est là : il dénote un peu au milieu de toutes ces jeunes mamans.

C'est un monsieur très classique : le public ici est plutôt populaire.

Il accompagne une jeune voisine dont il a pris le nouveau-né en affection. Et celui-ci le lui rend bien. Il y a de la complicité et de la tendresse entre ces trois-là.


Quand la maman part en rendez-vous, le vieux monsieur reste avec nous dans la salle d'attente.

Il y a là des réfugiés serbes, une jeune mère de famille qui porte sur elle la fatigue d'une histoire difficile.


L'échange démarre entre elle et moi. Puis elle interpelle le vieux monsieur du regard. Il commence par s'adresser à moi, puis finalement l'échange s'installe aussi entre eux.

Alors, je ne fais plus que ponctuer la conversation, d'une petite phrase ou d'un hochement de tête.

Et je les écoute échanger sur la famille, la place des écrans aujourd'hui, sur la nécessité pour le père de soutenir sa femme et ses enfants. Sur l'importance de partager les repas assis à table en famille, sur la difficulté à être disponible et attentif aux siens quand on est pris par son travail ou par les soucis d'une vie difficile...


Chacun parle de son expérience, de son vécu. Des trajectoires de vie si différentes qui se découvrent et se partagent... le temps d'une attente.


Et l'intérêt de tous pour la famille, ce lieu de vie si spécial, riche de tant d'espérance et de tant d'enjeux.



P'tit gars...

(1ère publication 18 mars 2014)


P'tit gars a 11 ans, il est entre deux âges.


Il n'est plus tout à fait dans l'enfance mais il en garde la rondeur dans ses traits.
Il n'est pas encore un adolescent. Il voudrait pourtant bien en avoir la stature.


Il se déplace dans la salle d'attente, les mains dans les poches, la tête haute. Il aimerait beaucoup paraître détaché des livres qui sont proposés là. Mais son regard trahi son attirance.


Il lutte tant qu'il peut, refusant ma proposition de lecture, et marchant tant qu'il peut, petit lion, en cage de lui-même... Mais la salle d'attente n'est pas si grande !

Le tour en est vite fait, et quand les autres enfants, enthousiastes, réclament l'attention, se saisissent des histoires, p'tit gars ralentit le pas.

L'oreille en mouvement se fait attentive à l'histoire en cours et finalement les pas se rapprochent de la petite table à laquelle nous sommes installés.

 Il s'assoit sur l'une des petites chaises, penché en avant vers les livres.
Je lui souris pour lui souhaiter la bienvenue...


Grossière erreur !

Il se sent pris en flagrant délit d'intérêt littéraire ! Pas du tout compatible avec sa vision d'une adolescence virile !
P'tit gars se renfrogne, calé dans sa petite chaise, les mains renfoncées dans les poches.

Mais il reste assis à la table... ouf, tout n'est pas perdu !


Je choisis donc de l'ignorer pour qu'il puisse s'approprier le lieu (ce qu'il faut pas faire quand même!).
Deux autres enfants sont là qui choisissent des livres à tour de rôle. Les lectures s'enchaînent et p'tit gars se détend, il manipule les livres posés sur la table tout en écoutant et en jetant un coup d’œil de temps en temps.

Tiens ! Un sourire ! Ça y est, p'tit gars est dans l'histoire.


Le plus petit part à la consultation, reste la grande fille (la cousine de p'tit gars), ravie de canaliser toute mon attention. C'est elle qui fait la lecture maintenant.

J'observe quand même p'tit gars d'un œil discret : voilà plusieurs fois qu'il se saisit du même livre sur la table...

Attention, je prends un risque : « Si tu veux, je peux te le lire »

Haussement des épaules... je commence la lecture.

P'tit gars écoute tout en travaillant son air détaché.


La cousine n'est pas ravie du tout de cet intérêt soudain. C'était quand même très confortable d'être la seule à profiter de ma présence.
P'tit gars, lui, trouve ça très intéressant d'enquiquiner sa cousine:
« ben quoi, c'est pas que pour toi ! »

Et voilà la lecture qui reprend, chacun son tour faisant son choix.


Arrive une autre famille avec un bébé. Je me présente, nous faisons un peu connaissance et je propose « beaucoup de beaux bébés » puis « qu'est ce qu'il y a là-dedans ».


P'tit gars a arrêté de regarder les livres, il tourne à nouveau en cage. Est-ce le nouveau regard de cette famille qui arrive ?

En tout cas je sens son regard sur moi entre deux mouvements (je suis observée!).


Arrive la petite sœur de la cousine, qui sort de la consultation. Maman l'habille pour sortir, l'installe dans son landau. Nous discutons des progrès de la petite, des vacances du cousin, de l'intérêt de la grande pour les livres...

Et voilà que pendant ce temps, p'tit gars, l'air de rien, s'est saisi de « beaucoup de beaux bébés » et qu'il est en train de le présenter au bébé dans son landau. Juste à la bonne distance. Et il regarde, attentif à ses réactions.


Maman continue à me parler mais je n'ai d'yeux que pour p'tit gars et son geste si inattendu et si juste.
« Vas-y, c'est très beau ce que tu es en train de faire. C'est ça, tu as tout compris. Tu peux lui parler si tu veux. Dis lui ce que tu vois toi sur les photos. Bravo ! »


J'ai cru deviner un léger rougissement mais c'est un sourire de fierté qui l'accompagne. Et les mots sont prononcés pour sa cousine, à voix basse, avec douceur, tout en pudeur.


C'est l'heure du départ :
quelle place pour les livres dans la vie de p'tit gars ?

Je ne saurais jamais. Mais il a su saisir, tout naturellement, l'instant précieux, celui du partage